Tag du mardi : si j’étais éditeur

Coeur d’encre 595, me propose de me glisser dans la peau d’un éditeur. Ce qu’il te faut savoir, ô toi qui me lis, est que lorsque je trouve un nouveau tag, il a souvent déjà été fait par quelqu’un d’autre, en l’occurence Mélanie, dont je n’ai pas voulu lire les réponse avant de me lancer dans les miennes (de réponses) pour ne pas être influencée, ne pas plagier non plus. Sinon, c’est de la triche !

Voilà, je suis à la tête de MA maison d’édition et …

Votre maison d’édition est désormais montée, elle est belle, flambant neuve, elle a nécessité quelques emprunts à des gens peu recommandables et un p’tit pacte avec le Diable mais qu’importe ! Comment l’avez-vous appelée ?

« Garde à vue ». Ben quoi, c’est original non ??? OK, je dois encore rembourser « Frédy le bon tuyau » pendant des plombes. C’est incroyable, comment un plombier peut-il se faire autant de fric ? J’ai un peu aussi pactisé avec le Diable mais comme au moment de signer le contrat j’ai croisé les doigts dans mon dos, si ça se trouve ce contrat est caduc ! Je croise les doigts pour que ce soit vrai.

En bon éditeur passionné, vous avez à coeur de défendre vos couleurs, d’inonder le marché pour répandre la bonne parole, de devenir le nouveau pape de ce genre littéraire que vous adulez et dont personne n’a jamais entendu parler : en clair, quelle sera votre ligne éditoriale ?

Le polar à l’eau de rose et le feel-good-thriller, non ce n’est pas pareil, il y a une nuance.

Petit à petit et parce que les gens qui écrivent, ça n’est pas ça qui manque, les manuscrits affluent. Il va vous falloir une méthode de tri drastique, aussi cruelle qu’impitoyable pour choisir vos premières publications, les poulains qui porteront votre écurie ! Quels sont vos critères ?

Déjà l’auteur/trice doit avoir les yeux bleus sinon c’est non et non négociable et puis une connaissance importante en oenologie, c’est tout.

Vos trois finalistes sont là, les manuscrits bien alignés devant vous. Vous vous souvenez encore du moment où vous les avez sortis du lot pour les choisir : ce fut très dur, de nombreuses larmes ont coulé, la douleur était grande, et encore, ça c’est uniquement parce que vous avez réussi à vous couper avec le papier des enveloppes. Qui sont leurs auteur(e)s et quels sont leurs titres ?

Aie, j’ai encore l’index qui saigne, je soufre atrocement mais je ne dois pas perdre de vue que je dois tirer au sort mes 3 finalistes qui seront tadaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !  

1 – François Mourioc avec son accrocheur « bisous au covidé »

2 – Emilie Cotong avec son « le meutrier passe sous la douche »

3 – Virginia Lusseaud avec son « il est temps de rentrer à Brooklyn »

Parce qu’aucune oeuvre n’est parfaite et parce que vous pouvez être un(e) grand(e) malade perfectionniste quand on vous titille, ces manuscrits ont besoin d’être retravaillés. Editeur conciliant ou tyrannique, allez-vous dorloter vos auteurs ? Ou leur faire vivre un enfer digne du goulag et de la coupure de papier entre les doigts pour leur faire écrire la meilleure version de leur roman ?

La moindre petite faute d’orthographe, de concordance de temps, me met hors de moi. Un auteur veut être publié chez moi, OK, MAIS, il doit connaitre par coeur le Bescherelle, cette version-là

Ca y est, les trois romans sont enfin prêts et surtout, par-faits…. Enfin disons qu’ils sont potables. Mais les lecteurs doivent en rester baba et crier à la 8e merveille du monde, alors au travail, il est temps de faire leur publicité ! Affiches, réseaux sociaux, menaces de mort, comment allez-vous assurer la promotion de ces futurs chefs d’oeuvre ?

La pub télé pour MES romans diffusée juste avant 20h et sur toutes les chaînes d’info et de téléréalité, ça marche ! La pub radio aussi ! Le bourrage de crâne, il n’y a que ça de vrai

Les lecteurs c’est bien, les libraires, c’est indispensable. Seulement voilà, au prétexte étrange et révoltant qu’ils ne vous connaissent pas et que votre genre favori n’intéresse que 0,3% de la population, tout le monde vous claque la porte au nez ! Encore une fois, il va falloir utiliser les grands moyens : convaincre ces béotiens ou leur damer le pion en vous passant de leurs services, que choisissez-vous ?

Le petit libraire du coin qui pense que d’avoir la télé ça fait « peuple » il a bien vu que mes publicités faisaient vendre et il a bien compris que MES romans partiraient comme des chocolatines dans sa boutique. Donc moi, je fais quoi, je donne un petit stock limité aux libraires qui me supplient ensuite de leur en donner plus. Moi j’hésite … plus, moins ? Allez plus, mais c’est juste pour me payer mes vacances au ski.

A quelques jours de la parution, rien ne va plus, les angoisses vous rongent : peur de ne pas rencontrer le succès, auteurs qui vous communiquent leurs névroses, fichus blogueurs qui réclament des service presse, coliques de votre chat, tache de fraise sur votre cravate. Quelle est votre technique pour vous détendre ?

Bien que rongé par l’angoisse, j’accepte une interview de Cécile du blog chez Cécile C fait maison. Curieusement, elle me fait rire avec des questions hallucinantes et me propose d’offrir l’un des mes trois romans phares à ses lecteurs qui lui laisseront un comm’. OK, elle m’a prévenu que si j’offrais 4 livres, ce serait bien le max mais son idée originale m’a plu. Du coup, je l’ai emmenée dîner et … je me sens hyper détendu là maintenant !

Catastrophe, l’imprimeur a fait une erreur de typographie et toute la production est corrompue : les R sont devenus des B, les A des Y, et les M sont en rose… ce qui est assez improbable car il n’y avait pourtant que de l’encre noire. A vous de décider : ça passe ou pas ?

Sur le coup, j’ai eu envie que l’imprimeur passe dans les mains d’un cuistot de prison dont j’ai entendu parler, un grand gaillard blond de 135 kilos, habile de ses mains avec un rasoir ou un scalpel. Mais heureusement j’ai pris une assurance au top et là l’imprimeur, qui dans ma grande bonté, mansuétude même oserais-je dire, n’a pas eu à faire à mon blondinet. Non, il réimprimera chaque roman avec son sang. Non je déconne … quoique !

Joie, bonheur, petit beurre, vos romans sont de véritables best-sellers ! Comment allez-vous fêter ça ?

Avec du champagne et un petit Bourgogne millésimé seul dans ma piscine à débordement (un ami bricoleur me l’a fabriquée avec trois fois rien)

Grisé par son succès, l’un de vos auteurs tente d’aller chez la concurrence. « Meilleur droits d’auteur », « éditeur plus compréhensif », « absence de coups de fouet », bref. Allez-vous ramener le mouton dissident à la bergerie et si oui, par quels moyens ?

Ah ah ah, je ris ! Ce sot n’a pas vu ou lu le codicille, en page 12 sur 35, qui raconte l’oblige à rester 2 ans, 6 mois et 3 jours dans MA maison d’édition. Nan, mais je lis la presse moi et je les vois ces auteurs ingrats qui filent vers d’autres cieux parce que le directeur change sa ligne d’édition. Sérieux quoi, tu crois que je vais mordre la main qui me donne à bouffer, jamais. Alors Ok, je rajoute un nouveau codicille permettant à mes auteurs fétiches une légère augmentation mais jamais je ne changerai ma ligne éditoriale, les lecteurs en raffole

Vos bouquins s’arrachent comme des petits pains, vous décidez de jouer le tout pour le tout avec des éditions collector, tellement belles et originales que les gens cracheront des arc-en-ciels rien qu’en les voyant et qu’elles provoqueront des cohues en librairie encore pire que celles pour la promo sur le Nutella : décrivez-nous ces merveilles !

Tu connais la collection « la pléiade » et ben rien à voir ! Mes romans en édition collector seront uniques ! Ouais, je sais, c’est le but d’une édition collector ! Non, tout simplement chaque roman sera signé par son auteur qui laissera une dédicace unique. Moi-même, je signerai chaque livre en 4ème de couv’

Pour mieux financer tout ça (car oui, vos ventes ont servi à rembourser vos usuriers, excepté celui qui réclame des âmes humaines mais on verra plus tard), vous décidez de vous lancer dans le financement participatif : quels petits goodies vous vont servir à ferrer les lecteurs ?

Enfin, j’ai donc tout remboursé Frédy le bon tuyau ! Je n’oublie pas le Diable, on ne sait jamais. Il va me falloir quand même un peu de trésorerie d’avance alors pourquoi pas des goodies pour attirer l’oeil de nouveaux lecteurs ? Mais quoi ? Des stylos ? Bof ! Des cendriers ? Non plus ! Des mugs ? Ah pourquoi pas ! Les Anglais ont bien la famille royale sur leur vaisselle ! Des mugs pour boire une tisane, un thé matcha ou un chocolat chaud en lisant mes livres ! 3 livres achetés, un mug offert et en prime cet hiver un sachet de thé en vrac !

Pour répondre à la demande qui ne cesse d’augmenter, tant de la part des lecteurs que des aspirants auteurs qui se pendent littéralement à votre boîte aux lettres, et parce que vous avez un prodigieux poil dans la main, vous embauchez un stagiaire en lui faisant miroiter tous les avantages mirobolants de sa condition d’escl… euh de soutien irremplaçable. Décrivez-nous un peu le personnage et les tâches qui lui sont attribuées.

Ah mon adorable serviteur euh assitant ! Il faut absolument que je te le présente ! Ghislain est doué de ses mains, non je m’égare. Il est ma tête pensante, mon bras droit et mon bras gauche. Il sait tout faire, sauf le café. Il lit le courrier des lecteurs et y répond, je n’ai plus qu’à signer ! Je le paye une misère après tout, c’est un stagiaire 3è et n’a que 15 ans mais comme il n’aimait pas l’école

Bien ! Il est temps de passer aux prochaines publications. Vous avez sous la main de nouveaux auteurs, mais il faut aussi capitaliser sur le succès des premiers… qui sont tous en panne d’inspiration. La page blanche, la nappe immaculée, le désert de l’Antarctique, rien, nada, que dalle. Comment allez-vous y remédier ?

Evidemment, je pourrais toujours dire que le codicille de la page 24 oblige mes auteurs à fournir un roman par an mais je n’aime pas leur rappeler qu’ils ont presque signé avec le Diable. Enfin s’ils veulent que je leur donne une petite avance sur leur prochain roman, ils doivent me donner le premier chapitre de leur nouveau roman à lire pour demain matin 6h, me dis-je en leur envoyant un mail à 22h33.

Et soudain, c’est le drame : les ventes s’effondrent, le chiffre de votre compte en banque fond comme un bonhomme de neige dans le Sahara, vos innombrables invendus s’entassent et s’empilent. Cale-porte, nourriture vegan et sans gluten, armes de frappe, vous avez beau vanter ces nombreuses utilités insoupçonnées de vos livres, personne n’en veut. Tout allait si bien, comment diable en êtes-vous arrivé là ?!

Et voilà, je n’ai pas vu le vent tourner et que le polar à l’eau de rose ne marchait plus ! Non maintenant, c’est le roman « gore-vegan » qui marche. J’ai trop voulu rester en haut de l’affiche et ne pas voir que les goûts et les couleurs changent. Les gens maintenant ne veulent plus rêver mais vivre dans la réalité, d’où le gore-vegan. J’étais tellement persuadé que le rêve faisait vendre ! Il va falloir que me mette au goût du jour ! Maintenant ça va saigner

Heureusement, la lumière au bout du tunnel : vos romans sont réclamés par-delà les frontières ! Il vous faut un traducteur expérimenté, motivé, et surtout, pas cher. En gros, ce sera le stagiaire avec Google Translate. Quelle heureuse contrée aura le bonheur de recevoir vos lumières littéraires et qui est votre promoteur inespéré ?

Mais heureusement que la Croatie, l’Islande, le Kenya et la Colombie adorent mes livres et San Marin aussi. Mine de rien, cela fait à 12 habitants près, 110 333 177 lecteurs, ça va c’est correct. Vive les blogs qui parlent de littérature.

La gloire à l’étranger vous apporte le cinéma sur un plateau ! Le budget sera modeste, cela va de soi, mais vous comptez bien immortaliser l’oeuvre avec une ou deux têtes d’affiche qui claquent, quitte à les démarcher vous-même : quels acteurs allez-vous supplier, à qui allez vous lécher les bottes et promettre la lune pour les avoir 10 secondes dans votre nanar… enfin je veux dire votre chef d’oeuvre du 7e art ?

J’aurais adoré avoir Jean Dujardin et Meryl Streep mais ils ne sont pas libres pendant les 24 prochains mois. Tant pis, je prendrai des acteurs peu connus voire inconnus mais qui grâce à mon scénario seront aussi célèbres que les acteurs sus-nommés. J’aurai plus de budget pour le décor et mon film pourra se faire sur la côte Atlantique, la Vendée c’est très beau.

Vous osiez à peine y croire, mais si, c’est bien vrai. En dépit de tout bon sens et bon goût, l’un de vos auteurs a décroché un prestigieux prix littéraire. Fier comme un patron d’écurie qui a mis au monde lui-même le nouvel Usain Bolt chevalin, vous coachez et bichonnez votre poulain jusqu’à la remise de la récompense. Racontez-nous cette journée mémorable.

Quand mon portable a sonné pour me dire que mon auteur fétiche avait remporte ce magnifique prestigieux prix littéraire, j’ai cru m’évanouir. Quelle belle récompense pour MA maison d’édition et tellement méritée. J’ai tant bossé pour en arriver là.

Il est 10 h quand j’appelle mon poulain pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il a les yeux injectés de fatigue, et une haleine de cachalot échoué. Ça s’entend tout ça au téléphone. Je lui annonce la grande nouvelle et lui dit qu’il a 30 minutes pasune de plus pour être dans mon bureau. Il habite à 45 minutes porte à porte sans un seul embouteillage, il est large ! Il arrive enfin essouflé comme une baleine se demandant pourquoi il est là à 14h du matin ! Je lui explique calmement que vu son état lamentable, j’irai moi-même récupérer sa récompense et je le renvoie cuver dormir.

Je me regarde devant le miroir et commence un discours que je prépare depuis l’âge de mes 15 ans. J’enfile un smoking et pars vers MA gloire, celle dont je rêve depuis tout petit, être reconnu.

Je monte les marches de l’hôtel et me dirige vers le salon où se tient la cérémonie. J’entre et là s’avance vers moi la maîtresse de cérémonie, une autrice à succès dont j’ai dévoré les livres et dévore le décolleté. J’aimerais tant qu’elle fasse partie de mes auteurs. A la remise du prix, elle me glisse à l’oreille qu’elle souhaite venir chez moi ! Je crois que jamais telle nouvelle ne m’a jamais autant fait plaisir.

Cette journée s’achève dans mes draps, le prix sur la table de nuit et le contrat de la venue de ma nouvelle autrice signé sur le bureau … Un nouveau départ s’annonce !

Et voilà !

9 commentaires sur “Tag du mardi : si j’étais éditeur

Ajouter un commentaire

    1. Hello Renée
      Merci pour ta visite 😁
      Et non non je n’ai aucune raison valable de ne pas venir chez toi si ce n’est une grosse flemme de visiter mes blogs préférés 😳😟
      Je sais c’est pas bien, je vais faire un effort
      Gros bisous

      J’aime

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